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La mort de Philippe IV, Roi d’Espagne, en 1665, est la cause d’une nouvelle guerre entre la Couronne et la France. Louis XIV prétend qu’en vertu de son contrat de mariage avec Marie-Thérèse, les Pays Bas et la Flandre lui reviennent.
Toutes les démarches destinées à faire valoir les droits de la Reine de France auprès de la Régence d’Espagne sont cependant vaines et Louis XIV en est réduit à passer aux armes.
Au début de l’année 1667, il envoie donc une armée en Flandre composée de trente-cinq mille hommes et commandée par le Maréchal de Turenne. En Mai, le Roi le rejoint devant Tournai qui capitule le mois suivant. Le Roi entre dans la ville, précédé de ses deux compagnies de Mousquetaires suivies des Gendarmes, des Chevaux-Légers et d’une partie de ses Gardes du corps.

D’autres places tombent facilement (Douai, Courtrai, Oudenarde et Aloft) sans l’aide des Mousquetaires, mais le siège de Lille requiert une vraie mobilisation.

« Les Espagnols, revenus de leur première surprise, et qui craignaient pour cette importante ville, n’oublièrent rien pour la mettre à couvert de toute entreprise. Une garnison de trois milles hommes de troupes réglées, sans compter la bourgeoisie dont la plus grande partie prit les armes et un gouvernement aussi habile que brave ; rien ne manquait à la défense. Cette entreprise parut si difficile dans la conjoncture des choses, que Monsieur de Turenne lui-même, le Marquis de Louvois et une bonne partie des officiers généraux tâchèrent de dissuader le Roi de ce dessein. Mais ce Pince avait résolu de finir la campagne par cette conquête dont les difficultés ne pouvaient qu’augmenter la gloire. » Le Thueux

La bataille de Lille est valeureuse, rondement menée avec l’appui stratégique de Vauban et audacieuse. Louis XIV encourage ses armées en étant lui-même aux premières lignes, ses Mousquetaires font merveille tant et les Espagnols capitulent.

« Lorsque les Mousquetaires s’emparèrent de la porte qui leur fut livrée au moment de la capitulation, le Gouverneur ne pouvait comprendre comment la plupart d’entre eux n’étaient que des jeunes gens de dix-sept, dix-huit et vingt ans. » Le Thueux

Louis XIV ne se satisfait pas de cette seule victoire et décide de continuer son combat sur les Espagnols, en Franche-Comté qu’il soumet en moins de trois semaines.

La rapidité de ces deux victoires étonne les Espagnols qui signent la paix à Aix-la-Chapelle au mois de mai suivant. Le traité ne permet cependant à la France de ne garder que les villes des Pays-Bas. Louis XIV voit en la Hollande l’ennemi à abattre pour lequel il commence ses préparatifs.

En attendant, les Mousquetaires continuent de se distinguer sur des champs de bataille plus…exotiques.
Par souci de prestige en effet, Louis XIV décide d’envoyer des galères et des vaisseaux avec sept mille hommes, cent six Mousquetaires de la première Compagnie et cent dix-huit de la deuxième, pour soutenir Candie, en Crête, aux prises avec les Turcs.
« Ce Monarque, avide de réputation et fier de ses victoires, saisit cette occasion de répandre son nom et la gloire de ses armes parmi les Infidèles. » Le Thueux
 
La bataille dura plus d’un mois dans des conditions difficiles, avec de nombreuses victimes.
« Le 31 juillet, la flotte s’éloigna enfin de ces rivages où deux mille cinq cents Français avaient trouvé la mort pour sauvegarder l’honneur de la Chrétienté et du Roi de France (…) Le récit du dernier combat qui opposa les Mousquetaires aux plus braves des Janissaires dans les éclatements de bombes à main entra dans la légende des Mousquetaires et fut répété dans tout Paris, celui des hôtels huppés comme celui des faubourgs. » Arnaud Jacomet

En 1672, la guerre contre la Hollande commence. Les préparatifs avaient occupés toute l’année précédente. L’armée française était en poste entre Maastricht et Charleroi avec cent douze mille hommes sous le commandement de Condé et Turenne. Réformées, les deux compagnies des Mousquetaires étaient incorporées à la Maison du Roi. D’Artagnan, bien que gardant le commandement de la première compagnie était restée à Lille à la demande du Roi. Maulévrier était remplacé, pour la deuxième compagnie, par le Comte de Montbron.

 

Les troupes avancent assez facilement le long du Rhin et toutes les places se rendent. De l'autre côté du Rhin, les Hollandais s'organisent. L'armée française réussit à franchir le fleuve et pourchasse l'ennemi jusqu'à Utrecht, ville dans laquelle Louis XIV fait une entrée triomphale. Les Mousquetaires et toute la cavalerie continuent leur avancée vers Amsterdam, mais ces victoires faciles se retournent contre le Roi ; Les Hollandais se ressaisissent, luttent avec acharnement et protègent la ville d'Amsterdam. Après la conquête d'une partie des territoires, les troupes françaises se replient pour leurs quartiers d'hiver dans les pays de Trêves et près d'Utrecht.

Au début de l'année 1673, Louis XIV décide d'entreprendre le siège de Maastricht, place forte dont il estime parfaitement la capacité de résistance. Il demande le soutien aux Anglais pour cette entreprise qu'il sait délicate.

En mai, le Roi rejoint son armée en Hollande. D'Artagnan a repris la tête de la première compagnie des Mousquetaires et il a même été promu au grade de maréchal de camp ; Montbron continue d'assurer le commandement de la deuxième compagnie.

Le premier assaut est violent et la défense de Maastricht est bien organisée.

« Pendant la nuit, la première compagnie des Mousquetaires eut ordre d'attaquer la demi-lune sèche, pendant que la seconde se porterait sur les palissades entre cette demi-lune et l'ouvrage à corne. Le signal donné, elles fondent sur l'ennemi et, malgré les éclats terribles des grendes qu'il jette sans cesse, ces ouvrages sont emportés en même temps et on s'y loge. Le Roi et les officiers généraux qui étaient témoins de cette attaque, convinrent unanimement, dit Pélisson, qu'on n'avait jamais vu un feu aussi violent et aussi soutenu que celui des assiégés dans cette occasion. Lorsque les Mousquetaires furent rentrés au camp, les ennemis firent jouer un fourneau qu'on n'avait pas découvert dans la demi-lune. Farjaux, Gouverneur de la place (Maastricht), se mit à la tête des meilleures troupes de la garnison et, profitant de l'alarme que cet accident causa parmi les troupes françaises, il rentra dans cet ouvrage et les chassa. »
Le Thueux

Le deuxième assaut du lendemain est encore plus vif et meurtrier.

« Les Mousquetaires, dit encore Pélisson, donnèrent dans cette occasion des preuves d'une valeur extraordinaire. On n'en vit jamais reculer un seul, et ceux qui en revinrent avaient tous les épées faussées et sanglantes jusqu'aux gardes. » Le Thueux

Cet assaut permet de récupérer la demi-lune au prix de la vie de d'Artagnan et de quatre vingt Mousquetaires. Cinquante autres sont blessés dont quinze meurent rapidement des suites de leurs blessures.

La deuxième compagnie s'illustre le surlendemain et Maastricht se rend. Louis XIV y fait son entrée précédé de trois cents mousquetaires. Un ancien major des Gardes du Corps, Louis, chevalier de Forbin, remplace d'Artagnan à la tête de la première compagnie.
 

« Les Mousquetaires gardèrent un souvenir cuisant du double assaut de Maastricht qui inspira à leurs officiers le désir d'outrepasser les ordres afin de n'avoir jamais à reprendre une position déjà conquise.
Poussant toujours leurs avantages au maximum, les Mousquetaires permirent ainsi la prise de la citadelle de Besançon le 21 mai 1674 et la capitulation de Dôle lors de la seconde conquête de la Franche-Comté . » Arnaud Jacomet

En 1675, les Mousquetaires ont en Bretagne pour réprimer une sédition.

En 1676 et 1677, ils retournent en Flandre où ils excellent dans les techniques de sièges. Valenciennes tombe face à leurs exploits, puis Cambrai et St Omer.

Leur courage et leur intrépidité fait d'ailleurs dire au Prince d'Orange : «  Si j'avais de pareilles troupes, je serais invincible ! ».

Leurs derniers succès de 1678 aboutissent à la paix du Traité de Nimègue par lequel la France garde la Franche Comté et plusieurs places en Flandre.

Pendant les années de paix, les Mousquetaires rentrent à Paris.

La première compagnie avait son hôtel au 15, rue du Bac. Cette caserne, de trois étages, était grandiose et restera attribuée aux Mousquetaires gris jusqu'en 1775. La seconde compagnie logeait au faubourg Saint Antoine, au 28 de la rue Charenton où une caserne fut construite spécialement pour elle.

« Robert de Cotte en dessina les plans ; sa construction incomba à la ville de Paris en échange de facilités consenties par le Roi pour l'achèvement de la place Vendôme. Ce fut aussi un bâtiment à trois étages avec un comble. Il comportait trois cent quarante chambres, disposant toutes d'une cheminée, ce qui était un luxe étonnant pour l'époque. »
Arnaud Jacomet


A partir de 1673 les deux compagnies eurent le même uniforme : habit écarlate et soubreveste en drap bleu ornée d'une croix d'argent, avec les boutons et les galons d'or pour la première, et d'argent pour la seconde. L'habit écarlate leur fit donner vulgairement le nom de Maison rouge.

La vie parisienne des Mousquetaires était souvent tumultueuse, même si une discipline stricte continuait de régner à la caserne. Cela peut d'ailleurs se comprendre aisément compte tenu de leur jeunesse extrême, des risques qu'ils encouraient sur les champs de bataille et donc de l'énergie qu'ils avaient à dépenser quand ils revenaient à une vie mondaine. Cependant, les sanctions pour mauvaise conduite étaient sévères. Le Roi était très exigeant envers eux et dans l'ensemble, ils méritaient amplement la confiance qu'il leur accordait.

Ce corps d'élite était la pépinière d'officiers la plus renommée dans lequel tous les jeunes nobles rêvaient d'y faire son apprentissage.

En 1683, Louis XIV part inspecter ses places fortes d'Alsace avec ses Mousquetaires et saisit l'occasion pour offrir « une dernière grande revue de la Maison du Roy, à l'apogée de sa gloire » près de Besançon.

Et puis les hostilités reprennent avec l'Espagne. Les Mousquetaires retournent aux combats en Flandre et sur le Rhin où ils occupent toujours les postes d'attaque les plus avancés. Toute l'Europe est alors en guerre contre la France.

Les Mousquetaires se couvrent encore de gloire que ce soit dans les Flandres, ou en Normandie contre les Anglais.

A partir de 1702, Louis XIV est vieillissant et la France commence à rencontrer des difficultés. Les Mousquetaires restent pourtant le fer de lance de l'armée. Ils en sont le stimulant, n'hésitant même jamais à se sacrifier dans les batailles.

« Dans ces années cruciales, en effet, les généraux français eurent à cur de porter cette troupe admirable partout où le danger paraissait le plus pressant. Cette cavalerie était la principale force de l'armée où elle était employée, offrant un modèle constant de zèle et de ténacité, gardant une sérénité et une gaieté stimulantes pour tous devant le combat et la mort. Partout ils éviteront des désastres ; leur fermeté anéantit bien des efforts des coalisés. » Arnaud Jacomet

A la mort de Louis XIV, durant la Régence , Maupertuis démissionne de la première compagnie et le marquis de Vins quitte également la seconde.

Les deux compagnies sont encore présentes lors des batailles contre les Anglais de 1743 et 1745 et font à nouveau preuve de leur esprit de corps, de leur déterminisme et de leur courage.

D'ailleurs, Cumberland disait qu'on ne pouvait se flatter d'avoir gagner une bataille avant d'avoir battu la Maison du Roi ! Et c'est effectivement grâce aux Mousquetaires que les français remportent la victoire de Fontenoy sur les Anglais.

C'est aussi le dernier fait d'arme de ce corps d'élite. « Leur glorieux point final ».

Les deux compagnies sont cassées le 1er janvier 1776.

« Du Pas-de-Suze à Ramilies, de Malplaquet à Fontenoy, les Mousquetaires de la Maison apparurent en toutes circonstances comme la troupe par excellence, celle que l'on fait donner à l'instant décisif de la bataille, celle qui force la victoire ou atténue les revers. Jamais elle ne se retira vaincue d'un champ de bataille.

Ses actions d'éclat forment le tableau le plus frappant du courage de la noblesse française et de son amour pour le service du Roi et de la Nation. Elles font aussi connaître qu'à la guerre, rien ne paraît impossible à des hommes qui ne consultent que leur courage et leur honneur .» Arnaud Jacomet

Réorganisées en 1789, la République les licencia en 1791, et la Restauration , après avoir compris les mousquetaires dans la Maison du roi, en 1814, les supprima définitivement en 1815.

 

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